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Interview de George Vithoulkas par le Dr. Manish Bhatia PDF Print E-mail

Interview de George Vithoulkas par le Dr. Manish Bhatia

Chers amis, nous avons avec nous aujourd’hui l’un des homéopathes les plus illustres de tous les temps. Il est Professeur Honoraire de l’Académie de Médecine de Moscou (Académie de Sciences Médicales), Professeur à l’Académie de Médecine de Kiev, et Professeur Collaborateur à Université Médicale Basque. (2001-2004). En 1996, il a reçu le Right Livelihood Award (connu aussi sous le nom de Prix Nobel Alternatif, www.rightlivelihood.org) « .. pour sa contribution remarquable à la renaissance de la connaissance homéopathique et la formation d’homéopathes au plus haut niveau ». Je vous prie d’accueillir, le seul et unique George VITHOULKAS !

MB: Georges, bienvenue sur notre Fauteuil de vérité ! C’est un plaisir de vous avoir parmi nous.

Dans notre correspondance récente par courriel, vous avez discuté d’un article publié dans TIMES qui discrédite l’homéopathie (http://www.timesonline.co.uk/). Je sais tout le souci que vous vous faites pour l’homéopathie classique et votre argument selon lequel l’homéopathie décline à cause d’articles comme celui du TIMES sous la plume de Jamie WHYTE qui présente l’homéopathie comme une médecine vaudou.

Vous aviez réagi de façon semblable après l’article du LANCET, pensant que de tels articles ont une répercussion négative dans le monde entier. Je pense pour ma part que l’article du TIMES présente des arguments très peu défendables. Quant à l’article du LANCET, on a démontré que toute l’étude était mal conduite et biaisée sur de nombreux points. Pourquoi de telles parutions vous inquiètent-elles ?

GV: Je suis d’accord avec vous : le LANCET a commis une énorme erreur en publiant un tel article, mais nous ne devons pas oublier que le LANCET représente le noyau dur de la médecine conventionnelle et qu’il s’agit ici de protéger leur fond de commerce, il nous faut donc les excuser. C’est tout autre chose en ce qui concerne l’article du TIMES.

Je conviens que l’argumentation de l’article du TIMES est pitoyable et qu’il a été écrit par quelqu’un qui ignore tout de la véritable homéopathie hahnemannienne. Ce qui m’inquiète c’est le fait qu’un journal si respectable ait pu permettre la publication d’un tel papier. Je pense que si la population anglaise dans sa majorité avait du respect pour cette méthode de soin, un article de ce genre n’aurait jamais pu voir le jour dans un journal aussi important. Ceci signifie que l’homéopathie a perdu beaucoup de sa respectabilité et de sa fiabilité dans ce pays.

En 1984, lors de mon arrivée à Londres, le même journal publiait en première page : « le roi de l’homéopathie vient à Londres ». Au bout de deux ans d’enseignement à un groupe de 30 à 40 homéopathes anglais, la BBC2 décidait de réaliser un documentaire sur ma vie et mon enseignement, qui donnait une image très positive de l’homéopathie. A cette époque on pouvait aussi lire plusieurs autres articles soutenant l’homéopathie et le GUARDIAN publiait une longue et favorable interview qui m’était consacrée. Comment se fait-il que 20 ans plus tard, le même journal –TIMES- puisse publier un article aussi nauséabond sur l’homéopathie ? Il se pourrait que ce soit à cause d’un journaliste plus ou moins vicieux et plein de préjugés contre l’homéopathie ou encore il se pourrait que depuis les dix dernières années on ait trop entendu d’homéopathes modernes dire et écrire toutes sortes de sottises sur l’homéopathie.

Nous devons prendre nos responsabilités et faire notre autocritique sous peine de ne pouvoir jamais être pris au sérieux.

Le nœud de l’affaire est le suivant : ces « homéopathes modernes » , sans ficher le cas en l’air ni se débiner, sont-ils oui ou non capables de prendre en charge avec l’homéopathie des états graves où la vie du patient est menacée ? Je crois que ceci devrait être le sujet d’un prochain débat sur votre site, afin de déterminer qui a le droit d’enseigner.

MB: Pourquoi selon vous la situation en Angleterre a-t-elle pris une si vilaine tournure ?

GV: Après mes deux ans d’enseignement de l’homéopathie classique à Londres dans les années 1983-85 à ce petit groupe d’homéopathes anglais, il y a eu une véritable explosion de l’homéopathie classique. Je me suis demandé ce qui avait bien pu arriver à un groupe aussi visionnaire. Je suppose qu’ils se sont trouvés pris au piège de motivations égotiques et qu’ils ont laissé tout le mouvement dégénérer. Ce n’est pas une certitude, je ne puis qu’émettre des suppositions

Ce que je vois et entends sont ceux qui se proclament aujourd’hui comme des « enseignants modernes » -dans leur soif d’avoir à tout prix quelque chose de nouveau à dire- et qui répandent d’incroyables absurdités.

Pourquoi dès lors nous plaindre des articles comme ceux du TIMES ? Ils ne reflètent que l’impression générale du public envers l’homéopathie. Je suis certain qu’en ce moment il existe de bons homéopathes classiques en Angleterre mais qui sont peu connus.

MB: L’argument de Jamie dans le TIMES est invalidé puisque certaines personnes prétendent que nous avons la preuve que l’homéo-prophylaxie fonctionne.

GV: Bien que je sois d’accord avec vous sur le fait que l’argumentation de Jamie WHYTE soit dépassée, je suis en revanche complètement en désaccord quant au fait que l’homéo-prophylaxie soit bien documentée. Absolument rien n’est réellement documenté. Il n’existe que quelques essais et de nombreuses erreurs.

MB: Que voulez-vous dire ?

GV: Je m’explique. Quand Hahnemann écrit que Belladona protège de la scarlatine, c’est dans un contexte épidémique. Dans toute épidémie, nous savons tous qu’il existe un remède qui recouvre une proportion significative de la symptomatologie de l’épidémie. Nous appelons un tel remède le « génie épidémique ».

Si l’on devait donner ce remède à toute la population durant l’épidémie, il empêcherait certainement quelque cas de se développer complètement. Nous ne ferons que des fausses suppositions tant que nous ne comprendrons pas le mécanisme d’action d’une telle idée.

MB: Quelle est votre opinion concernant l’action de Belladona en tant que prophylactique dans la scarlatine ?

GV: L‘explication est que le remède n’agit qu’en tant que curatif chez les gens dont les symptômes de la scarlatine correspondent à la symptomatologie de Belladona, et pas comme préventif. Ainsi, une réponse curative a été mal comprise et interprétée en tant que prophylaxie. En aucun cas nous autres homéopathes ne devrions parler d’homéo-prophylaxie de la façon dont on parle aujourd’hui de la vaccination.

MB: Il n’y a donc aucun sens à développer l’idée de prévention grâce à un remède homéopathique ?

GV: Si nous voulons faire des recherches que l’idée de prévention lancée par Hahnemann, il faudrait donner des remèdes pendant une épidémie, seulement après avoir traité plusieurs cas pour trouver le « génie épidémique » qui couvre les signes de l’épidémie. Après un tel essai, nous pourrions comparer ces résultats avec ceux d’un groupe non vacciné. Après avoir renouvelé cette expérience plusieurs fois, nous pourrions en publier les résultats.

Dans un tel cas, nous pourrions trouver des différences importantes en faveur de l’homéopathie mais jusqu’à quel point, il est difficile de le dire honnêtement. Mais la pratique qui consiste à donner avant la moindre manifestation clinique des remèdes dynamisés, sans même savoir si l’épidémie se manifestera ou non, et prétendre que ce remède agit comme protection, est –pour dire le moins- complètement irresponsable.

Un remède agit contre et prévient l’affection seulement lorsque ses symptômes commencent à se manifester, et dans ces conditions le remède ne peut d’ailleurs rien faire d’autre qu’agir en tant qu’agent curatif dans les tout premiers stades de l’épidémie sans rien avoir de prophylactique.

La différence est énorme si l’on explique au public ce que nous faisons exactement au lieu de donner l’impression que nous avons découvert une autre façon de prévenir les maladies.

MB: Est-ce que vous préférez la vaccination telle qu’on l’utilise aujourd’hui ?

GV: Je ne voudrais pas donner l’impression à travers ce que je viens de dire, que j’accepte sans critiquer les vaccinations telles qu’on les pratique aujourd’hui en médecine conventionnelle. Dans mon livre « La Science de l’Homéopathie », j’ai donné une idée générale de la façon dont je pense que ces vaccinations fonctionnent, et il ne s’agit pas d’une façon bien saine. Mais ce dont nos parlons aujourd’hui est tout différent : est-ce que nous autres homéopathes avons notre mot à dire en ce qui concerne la prophylaxie ou non ? Si la réponse est oui, alors il faut fournir des preuves et effectuer des recherches, si la réponse est non alors il ne faut pas abuser des gens en leur faisant croire le contraire. Des évènements tragiques peuvent parfois survenir à la suite de comportements aussi irresponsables et la répercussion contre l’homéopathie s’en ressent dans le monde entier. En ce sens, Jamie WHYTE a raison. Mais je pense qu’elle s’est servie de cet exemple extrême pour attaquer un système qui a perdu de son crédit en Angleterre et pas uniquement à cause de la question des vaccinations.

MB: Jetez un coup d’œil sur l’interview du Dr. Isaac Golden. http://www.hpathy.com/interviews/isaacgolden.asp

GV: Vous donnez l’exemple des travaux de Golden.

Les arguments présentés par Golden dans son interview ne sont pas entièrement fondés ni complètement scientifiques, aussi je me retiendrai de faire des commentaires surtout que je le perçois comme quelqu’un de bien animé de bonnes intentions. Ici nous parlons d’un sujet très sérieux : la santé des gens et personne ne nous excusera parce que nous avons de bonnes intentions. Personne ne pourra nous prendre au sérieux tant que nous ne le serons pas nous-mêmes dans nos comportements et dans nos recherches.

MB: Donnez nous un exemple de ce que vous voulez dire quand nous ne sommes pas sérieux.

GV: Je ne donnerai qu’un exemple très simple. Golden dans son interview vous a déclaré qu’après avoir donné des doses répétées de plusieurs remèdes à une population dans un but de prévention n’a observé chez aucun des sujets l’apparition de signes pathogénétiques.

D’un autre côté, ceux qui font des « nouveaux » provings prétendent que des centaines de symptômes se développent chez la plupart des expérimentateurs après une seule dose d’un remède hautement dynamisé (au-delà de la limite d’Avogadro). Généralement, très peu de temps après une telle étude, on trouve sur le marché un nouveau livre qui contient la nouvelle pathogénésie pour 20 euros ! Et ce n’est pas tout/ Aussitôt après ces publications, certains homéopathes ont déjà trouvé des cas qui nécessitent ce remède en particulier et le patient a été guéri !

Pourquoi sommes nous offensés quand les médecins classiques disent : c’est une science ou un terreau de charlatans ?

MB: Quelle est la bonne version selon vous ? Est-ce que des symptômes peuvent être produits par une haute dynamisation ou non ? Dans le §128, Hahnemann a écrit que les provings devaient être effectués avec une 30c.

GV: La réalité se situe quelque part entre les deux. Comme je suis en train d’écrire un article sur la question des provings, je ne développerai pas plus le sujet. Il suffira de dire pour qu’une haute dynamisation produise des symptômes il faut que l’expérimentateur soit sensible à la substance. Ce seront ces quelques sujets sensibles qui développeront spontanément des symptômes si on leur donne des remèdes à visée prophylactique, il s’agit d’un très petit nombre de personnes parmi les deux groupes. Ce qui est tout à fait incroyable c’est qu’on attribue au remède la majeure partie des symptômes d’un proving moderne alors qu’il ne s’agit que des manifestations d’hystérie collective. Avez-vous une idée de la confusion créée dans nos rangs quand de telles pathogénésies fumeuses sont incorporées dans nos outils comme les répertoires et les ordinateurs ?

Si les « homéopathes modernes » ne semblent pas préoccupés par l’importance du sujet, je ne me sens pas non plus concerné s’ils se sentent blessés s’ils ne tolèrent pas la critique de leurs actions publiques.

MB: Pourquoi êtes vous aussi sévère ?

GV: Je voudrais dire ici quelque chose de très important qui clarifiera un grand nombre d’incompréhensions qui circulent sous couvert d’homéopathie classique.

Le mécanisme d’action de l’effet placebo et du simillimum homéopathique sont les mêmes.

L’effet placebo peut être déclenché par l’autosuggestion du patient qui force la mobilisation des mécanismes de défense au travers d’un fort sentiment de foi. C’est ainsi que fonctionnent toutes les guérisons spirituelles, la radionique, le yoga, et toutes les autres thérapies en marge.

En homéopathie, la guérison s’effectue grâce à une mobilisation similaire au travers du [signal – trad.] du remède correct, le simillimum. Je vais m’exprimer encore plus simplement pour plus de clarté. Si la réaction initiale d’un mécanisme de défense est la décharge de sérotonine, alors cette réaction est similaire dans les deux cas. Ce phénomène placebo, dont je parle depuis des années dans mon enseignement, est responsable des guérisons « miraculeuses » dont quelques homéopathes sont témoins assez fréquemment en prescrivant ces « nouveaux » remèdes. Quoi qu’ils aient prescrit à des tels patients suggestionnables aurait produit le même effet. Nous ne savons pas encore si ces guérisons placebo ne surviennent que chez des patients qui appartiennent aux strates les plus superficielles de la santé selon la théorie que je développe depuis les dernières années. Bien entendu, pour comprendre complètement ce que je suis en train d’expliquer ici, il faut avoir assimilé au préalable l’information que je donne dans mes enseignements. En d’autres termes ces cas placebo surviennent lorsque les patients sont considérablement en santé bien que leur souffrance et leur pathologie puisse sembler grave.

Dans les cas de pathologie profonde, l’effet placebo n’est que superficiel et l’amélioration ne dure qu’un temps très bref, de la même façon qu’un remède qu’un remède partiellement similaire réagirait.

J’ai aussi répété que 40% des cas traités par des homéopathes dans le monde entier appartiennent au groupe placebo. Je sais que je prononce des mots qui fâchent mais c’est la vérité. Les cas réellement guéris par le bon remède homéopathique ont besoin de plusieurs paramètres pour en confirmer l’action ; et ces paramètres les différentient du groupe placebo, comme le retour d’anciens symptômes, etc.

Le groupe placebo ne sera non plus jamais efficace dans les cas dégénératifs sévères comme les maladies neuromusculaires, la sclérose en plaques, les affections auto-immunes, les troubles psychiatriques, l’emphysème, les états allergiques graves, etc. Dans ces cas, vous devez non seulement trouver le remède indiqué mais aussi la séquence de remèdes qui se suivront et posséder la connaissance de la gestion des cas avant de prétendre au moindre résultat curatif.

MB: Georges, ceci est très controversé. Ici, en Inde, les homéopathes sont amenés à traiter de nombreuses pathologies toute la journée. La plupart des médecins ne trouvent pas nécessaire de passer 2 heures pour une première consultation, comme on le considère comme nécessaire en Occident. Donc les guérisons par suggestion ou psychothérapie ne semblent pas possibles. Et pourtant nous obtenons tellement de guérisons qu’il m’est difficile d’être d’accord avec vous. Les symptômes fonctionnels peuvent disparaître avec un effet placebo mais pas les pathologies –ou du moins pas sur des bases régulières.

GV: Vous avez raison quand vous parlez de médecins Indiens qui traitent des cas de pathologies graves. Je parlais des homéopathes Occidentaux qui traitent principalement des pathologies profondes et beaucoup de cas mentaux. Le malentendu a surgi du fait que la plupart des homéopathes ne sont pas au courant de mes vues sur les niveaux de santé. Les cas Indiens, bien que la pathologie soit grave, sont des cas non compliqués qui appartiennent aux strates les plus superficielles. Les remèdes de ces niveaux sont habituellement clairement indiqués et les résultats semblent miraculeux avec le remède correct.

Les patients occidentaux qui subissent de nombreuses suppressions à coup de drogues chimiques, de nombreuses vaccinations et un stress important développent de profondes pathologies psychosomatiques et représentent des cas extrêmement compliqués à traiter pour un homéopathe. De nombreux patients parmi ces cas sont mentalement instables qui recherchent un réconfort en tout : une prière, la méditation du yoga, un nouveau remède, une session de thérapie, n’importe quoi de nouveau et d’excitant qui puisse donner une impression d’amélioration.

J’écoutais une fois une homéopathe Allemande qui prétendait guérir de nombreux cas. Quand je lui demandais auprès de quelle firme pharmaceutique elle se fournissait pour ses remèdes, elle me répondit qu’elle les produisait elle-même en écrivant le nom et la dynamisation sur un bout de papier pour passer le tout à une machine qui produisait le remède instantanément. Je vous prie de m’expliquer que ceci n’est pas un effet 100% placebo !

Cette femme avait gagné tellement d’argent qu’elle a fait une importante donation à la Fondation « George Vithoulkas Stiffung » en Allemagne.

Ceci mis à part, dans mon expérience, tous les patients présentant une pathologie profonde et grave appartiennent à des niveaux inférieurs de santé, et quand on observe leurs cas on peut trouver référence à tous les remèdes précédents qu’ils ont déjà reçus et qui leur ont apporté une certaine amélioration pendant un temps variable, mais cette amélioration n’a jamais réellement entamé leur pathologie réelle.

Il m’est arrivé de donner par erreur un remède incorrect qui était celui d’un autre patient et d’observer que le patient qui a reçu celui-ci rapporte qu’il avait été amélioré.

Toutes ces histoires et les cas de ce type sont tous des effets placebos à moins qu’ils ne soient suivis de certains paramètres connus de tous les homéopathes comme par exemple :

Une aggravation initiale, un retour d’anciens symptômes, des affections se manifestant du centre vers la périphérie, de haut en bas, etc. L’information peu connue que j’ai donné aux étudiants est qu’une fois que la maladie se trouve dans des régions profondes de l’organisme et que la santé s’est trouvée diminuée significativement ; il se trouve un moment où l’organisme ne produit plus le moindre état aigu. Une véritable guérison redonne à l’organisme la possibilité de se manifester avec des fièvres élevées inflammatoires.

Je rassemble ces données dans le second volume de la Science de l’Homéopathie dans lequel je donnerai tous les détails que j’enseigne dans les cours vidéo présentés devant l’Indian Branch de l’Académie. Contactez Hiralal Agarwal ( This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it ) ou le Dr. Santosh Kothari ( This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it ) pour plus de détails.

MB: Alors il n’y a pas de place pour des idées nouvelles ?

GV: Au contraire, les idées nouvelles sont nécessaires mais personne ne devrait les présenter avant de les tester encore et encore. C’est évident que les nouvelles expérimentations ainsi que les nouvelles idées sont permises puisque notre science est en expansion et que personne n’en connaît la vérité absolue. Il nous reste beaucoup à apprendre. J’ai moi aussi présenté de nouvelles idées mais je les ai présentées publiquement au bout de 30 ans de test et d’observations. Et quand je les ai fait connaître à mes étudiants cela a été pour leur demander de les tester à leur tour pour voir si elles étaient fausses ou pas. Il me fallait aussi confirmer ces idées quand je présentais des cas « live » dans mon enseignement post gradué.

MB: Ceux qui travaillent sur de nouvelles idées ou de nouvelles méthodes disent aussi qu’ils se basent sur des années d’observation, qu’ils ont des vérifications cliniques et que le tout a été testé par des centaines d’autres homéopathes. Dans son ensemble, comment la communauté homéopathique peut-elle choisir où aller ? Comment savoir quel nouveau travail devrait aller de l’avant et lequel reste à critiquer ? De telles décisions devraient-elles être basées sur des opinions personnelles ou devons nous permettre à notre système d’évoluer naturellement en fonction de l’expérience clinique de toute la communauté ?

GV: Le système finira par évoluer ou dégénérer de la même façon qu’après la mort de Kent. Il est alors tout simplement tombé dans l’oubli. Tout repose sur des décisions individuelles et la connaissance de l’intégrité de telles personnes.

Comme je l’ai déjà dit, nous devons rejeter tout ce qui est dément de façon évidente, peut importe à quel point leur inventeur pouvant prétendre l’avoir vérifié.

I crois que tous les homéopathes sont au courant de la recherche de 2004 qui avait été conduite en vue de savoir si une haute dynamisation pouvait produire ou pas des symptômes « keynotes » de quelques remèdes bien connus :

Homeopathic proving symptoms: result of a local, non-local, or placebo process? A blinded, placebo-controlled pilot study.
Homeopathy, Volume 93, Issue 4, October 2004, Pages 179-185
H Walach, J Sherr, R Schneider, R Shabi, A Bond and G Rieberer

Le résultat était un désastre complet. Ceux qui avaient pris le remède ont eu des symptômes similaires de ceux du groupe placebo ! Et pire encore, AUCUN des expérimentateurs n’ont manifesté l’un ou l’autre des symptômes bien connus des remèdes. Dans cette étude sérieuse, l’un des responsables était exactement celui qui plus que tout autre fait la promotion de provings de nouveaux remèdes et qui a écrit plusieurs livres contenant des milliers de symptômes après une seule dose du remède ! Est-ce que cela s’appelle un test conduit sur de nombreuses années ? Ou une honte ?

Dans tous les cas vous pourrez observer que ces nouvelles idées -comme par exemple si vous ressemblez à un végétal alors prenez un remède végétal, etc…- sont tombées dans le discrédit au bout de quelques années. Vous pourrez me dire que ce n’est pas grave et qu’il suffit de laisser le système s’équilibrer tout seul. Je répondrai [qu’il ne fait pas rester passifs et attendre que cela passe tout seul -trad] car quelques centaines d’étudiants naïfs ou innocents auront été amenés à croire en ces sottises et se seront détournés de l’homéopathie du fait de leur déception. Tout cela parce qu’un enseignant sort un mythe puis un autre dès que le précédent a épuisé son influence.

L’histoire a montré que le système ne s’est pas rééquilibré après la mort de Kent qui a eu à faire face à une situation semblable. Il a fallu attendre 50 ans qu’une poignée de personnes se décident à beaucoup de sacrifices afin de restaurer l’homéopathie à son niveau d’excellence.

MB: Qu’est-il arrivé en Grèce où vous enseignez depuis 10 ans ?

GV: Contrairement à ce qui s’est passé en Angleterre et aux USA, nous n’avons eu en Grèce qu’une courbe ascendante jusqu’au point culminant du niveau Maîtrise dans l’Académie Egée qui est l’une des universités grecques les plus réputées. En Grèce, les Universités Publiques possèdent beaucoup de prestige et leurs décisions sont soutenues par l’état et le ministre de l’éducation. Le pas en avant qu’a représenté l’acceptation d’un degré de maîtrise a représenté une décision sensationnelle de la part du sénat de l’Université et a été prise uniquement sur la démonstration auprès des autorités de l’efficacité et de l’utilité de cette thérapie.

Les autorités universitaires ont été abasourdies de lire les idées développées dans le TIMES et sont au courant que de telles sottises ont cours parmi les homéopathes. En Occident, les choses n’ont pas cours en douceur comme c’est le cas dans cette bénie terre Indienne.

MB: L’homéopathie est une science qui se développe, et de nouvelles hypothèses vont forcément surgir que beaucoup voudront expérimenter sous bien des aspects qui ne sont pas encore bien compris à ce jour. Nous pouvons faire des débats, des discussions, et gérer des désaccords au sein de la communauté mais quand il s’agit de défendre l’homéopathie tout le monde devrait s’unir.

GV: Avant de développer la discussion, il faut nous entendre sur certains points. Par exemple, les idées comme

Dynamiser une chanson, ou le mur de Berlin ou la plume d’un aigle si le patient ressemble à un aigle,

Écrire le nom du remède sur un bout de papier qu’on colle sur un flacon d’eau,

Donner un végétal parce que le patient ressemble à un végétal,

Il n’est pas nécessaire d’expérimenter les remèdes parce que nous pouvons laisser notre imagination trouver les symptômes, etc.

Sont à tout le moins des idées qui ont dégradé l’homéopathie et provoqué la rédaction d’articles comme celui du TIMES. Dès lors, si nous sommes d’accord pour dire que toutes ces idées ne sont que des sottises ou de la folie, la question devrait s’énoncer ainsi : devons nous être unis autour d’une idée qui est solide et exploitable –les enseignements de Hahnemann- ou autour d’une idée folle ?

Qui doit-on soutenir et avec qui s’unir ? L’expérimentateur de nouvelles idées même si elles sont dingues ? Ou bien faut-il s’unir autour de ceux qui font un travail sérieux en montrant au monde les excellents résultats thérapeutiques de cette science ?

Qu’est-ce qui vous semble le plus étrange ? Demander à des gens sérieux d’adhérer à des sottises ? Ou de demander aux dingues de cesser de diffamer les médecins sérieux dont l’intégrité et le savoir peuvent montrer au monde ce que l’homéopathie peut faire ? Je connais de nombreux homéopathes qui ne peuvent pas supporter toutes ces bêtises mais qui ont peur de sortir du rang et critiquer ces idées « modernes ».

MB: « Quelques » personnes utilisent certaines méthodes qui ne sont pas de l’homéopathie au sens strict – que ce soit dormir sur le nom du remède ou mettre un verre d’eau sur une étiquette portant le nom du remède ou encore utiliser le pendule pour trouver le remède. Il faut remarquer que seule une petite poignée d’individus utilisent de telles méthodes. Sur un demi-million d’homéopathes, on ne compte que 20 ou 50 personnes qui utilisent ces méthodes à la limite du shamanisme ou du vaudou, cela ne peut pas affecter l’homéopathie dans son ensemble.

GV: Je ne suis pas d’accord pour dire qu’il n’y a que 20 ou 50 personnes qui croient en ce type de médecine et l’appellent de l’homéopathie. Aux USA et en Angleterre, ce gens représentent la majorité et c’est pourquoi la publicité négative est si forte et qu’on ne cesse de me demander où trouver un bon homéopathes aux USA et au Canada. Comme je l’ai dit, ces homéopathes existent mais ils sont rejetés à l’arrière plan par ceux qui crient le plus fort en prétendant sortir de « nouvelles choses » en homéopathie.

MB: Chaque fois qu’un article paraît qui dénonce l’homéopathie, on entend qu’il n’existe pas de recherche montrant que l’homéopathie fonctionne. Il me semble que les homéopathes doivent vraiment y réfléchir. Je ne parle pas des gens qui utilisent les histoires de médecine énergétique et qui ne se situent pas dans le champ de l’homéopathie ni de la science en général. De telles choses ne peuvent pas s’appeler de l’homéopathie. Il devrait exister un cadre général approuvé par les seniors de la communauté.

Ceci plaide pour un forum international des membres seniors qui filtrerait tout ce qui est écrit sur l’homéopathie hahnemannienne. Les groupements professionnels ont du poids et peuvent peser dur les gouvernements à divers niveaux. Nous devons y travailler.

GV: J’apprécie énormément quand vous parlez ainsi. C’est ce type de preuve solide qui a forcé l’entrée de l’homéopathie dans l’université en Grèce, jusqu’au niveau de la maîtrise.

La Grèce est pourtant l’un des pays les plus conservateurs d’Europe et l’Université Egée est classée parmi les meilleures des 22 Universités Grecques. Si la communauté homéopathique internationale ne comprend pas que nous devons nous séparer des dingues pour nous battre contre les préjugés et les intérêts en place, j’ai le sentiment qu’il faudra encore un bien long chemin avant que l’humanité profite des véritables bienfaits des découvertes de Hahnemann.

MB: Georges, vous avez largement contribué à la résurrection de l’homéopathie en Occident. Depuis les 30 à 40 dernières années, l’homéopathie est de nouveau devenue très populaire et les choses semblent continuer à se développer dans ce sens. Vous avez travaillé sans relâche pour l’homéopathie toute votre vie. Quelle est votre vision du futur de l’homéopathie ? Comment la voyez vous dans 20 ou 25 ans ?

GV: Si des gens forts et intègres se levaient pour combattre l’inertie, les intérêts dominants et l’égoïsme, alors nous aurions une chance de vivre dans un monde meilleur, plus sain, plus équitable et libre.

Je ne pense pas que cela arrive, l’inertie ainsi que l’égoïsme finiront par prévaloir. Nous aurons à franchir de nombreux cycles avant que le monde n’accepte que ce système de médecine est réellement en accord avec les révélations de la théorie quantique, que les gens ont peur encore actuellement d’appeler par son nom véritable qui est le substrat universel de l’amour et de la sagesse sublimes.

MB: Je suis d’accord mais j’espère vraiment que nous verrons de notre vivant la vérification de notre système ! Georges, j’aimerais beaucoup continuer cette discussion plus avant mais nous sommes limités par le temps et le manque de place. Nous continuerons peut être cet échange dans un autre numéro de Homeopathy 4 Everyone. Merci pour les pensées et les inquiétudes que vous avez partagées avec nous aujourd’hui et j’espère que votre travail continuera d’inspirer de nombreuses générations futures d’homéopathes !


Georges VITHOULKAS est aujourd’hui Professeur Honoraire de l’Académie de Médecine de Moscou (Académie des Sciences Médicales), Professeur de l’Académie de Médecine de Kiev, et Professeur Collaborateur de l’Université Basque de Médecine (2001-2004).

Il a reçu en 1996 le Right Livelihood Award (connu aussi sous le nom de Prix Nobel Alternatif, www.rightlivelihood.org) « .. pour sa contribution remarquable à la renaissance de la connaissance homéopathique et la formation d’homéopathes au plus haut niveau ». Les Nations Unies (Forum du Développement), considèrent cette récompense comme « l’une des plus prestigieuses au monde », tandis que le magasine TIME désignait Jacob Uexkull, l’un des inspirateurs de cette distinction, comme l’un des 37 « héros » de 2005.

En 2000, Georges VITHOULKAS a reçu la Médaille d’Or de la république Hongroise des mains du président de la nation, pour son travail dans la médecine homéopathique.

En 1995, il a créé l’Académie d’Homéopathie Classique à Alonissos, dont il est le directeur. C’est dans cette académie que Georges VITHOULKAS présente l’essentiel de ses 40 ans d’expérience ainsi que ses récentes idées sur les niveaux de santé. Dans son enseignement, il donne des détails qui aident le médecin ou le praticien à déterminer l’état de santé des individus en permettant ainsi d’estimer la curabilité du cas avec l’homéopathie, du temps que la cure prendra et du nombre de remèdes qui seront employés.

Chaque année, pendant les mois d’été, des groupes de médecins et de praticiens viennent de différents pays : Allemagne, Italie, Suède, Norvège, Royaume Uni, Russie, USA, Canada, Autriche, Japon, Mexique, Brésil et bien sûr des médecins Grecs.

[Et depuis 2006 ajoutons : de France aussi !! –trad]

AVRIL 2007
TRADUCTION PAR DR EDOUARD BROUSSALIAN (2007)
http://www.hpathy.com/interviews/georgevithoulkas.asp